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Coordonnons les revendications décoloniales et la promotion des droits fondamentaux des migrant·es

Entre migration volontaire et exil, les mouvements migratoires des pays d’Afrique francophone vers la France montrent à quel point les droits individuels et sociaux des personnes migrantes, quel que soit leur statut, sont bafoués.


La lutte pour l’émancipation des rapports de domination néocoloniale passe par la défense de ces droits. Elle va de pair avec les luttes en soutien solidaire aux femmes afghanes pour leurs droits fondamentaux, à la révolution émancipatrice initiée par les femmes et les jeunes en Iran, au peuple ukrainien dans son combat pour l’indépendance …


Un rapport des forces problématique dans une période de reflux historique


Le mouvement des peuples est, au niveau mondial et depuis plusieurs années, affaibli. Pour autant, les peuples du Sahel (au Mali, au Burkina-Faso, au Tchad) et d’Afrique de l’Ouest (en Guinée…) secouent de plus en plus manifestement le joug d’un néocolonialisme francophone hors d’âge. Ses interventions militaires, liées aux agressions terroristes dont les populations du Sahel sont l’objet de la part de Al-Qaïda et de l’État islamique, sont de peu d’effets. Sa gestion privative d’un système ultralibéral assuré par une monnaie coloniale, le franc CFA, étrangle les populations. A la suite des mouvements qui les ont précédés, une partie croissante des jeunes générations et des intellectuel·les, affirme désormais son refus que lui soit imposée cette relation contrainte au monde, source de prédations et de déni des droits fondamentaux.

L’Etat français est par ailleurs l’un des principaux vendeurs d’armes au monde[1]. Ces liens commerciaux, amplifiés dans la dernière décennie, le rendent co-responsable, avec le concours des USA et de la Grande Bretagne, de l’agression de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis au Yémen, ainsi que de l’instabilité et de l’insécurité endémique du Sahel. La déstabilisation de la Libye, suite au soulèvement du peuple libyen et à la décision d’intervention de l’ONU (soutenue par les puissances impérialistes, mais sans aucune opposition au sein du Conseil de Sécurité), a entraîné la faillite de l’État et renforcé son rôle de plaque tournante des migrations, rôle déjà important sous la dictature de Kadhafi[2]. Ces ventes d'armes de l'État français le rendent, de plus, complice d'une dictature militaire, comme celle de l'Égypte, caractérisée par la répression du « printemps démocratique ».

Le rôle contesté de nouvelles puissances géo-politiques et financières (Russie, Chine, Turquie…) modifie peu ce constat : cette période-carrefour, marquée par des dérives autoritaires désormais renforcées avec la conquête d’Etats européens par l’extrême droite au motif de la « crise migratoire » (Suède, Italie…), marquée également par la militarisation des démocraties libérales dans le contexte de la guerre en Ukraine, invite à revisiter les fondamentaux internationalistes et altermondialistes.


Les responsabilités historiques du mouvement social


Force est de constater que, faute de volontarisme dans un secteur par ailleurs très censuré par les médias dominants, le mouvement social français peine à prendre la mesure de ses responsabilités[3]. Alors même que l'extrême droite est au seuil du pouvoir : le RN, dont les idées xénophobes sont déjà partiellement mises en œuvre par les pouvoirs actuels, est le premier parti français représenté (en termes de votes) au Parlement européen pour le deuxième mandat consécutif, et le premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale française depuis juin dernier.

Pour faire face aux attaques successives du système impérialiste et ethnocentré (occidentaliste), un élément de rupture n’est-il pas nécessaire ? Le mouvement social ne devrait-il pas participer à l’avènement d’un nouvel ordre des choses et du monde, dans une perspective de justice historique ?

Nous ne pouvons mettre à bas le système dominant issu de l’esclavagisme et du colonialisme sans reconnaître ni réparer matériellement et moralement les crimes contre l'humanité commis en leur nom. Le soutien des mouvements populaires des Suds en faveur d'une seconde et véritable indépendance s’impose aussi. Les mercenaires Wagner, avec lesquels coopèrent certains gouvernements africains, sont accusés par de nombreux défenseur.es des droits humains de « commettre des tortures, des exécutions ou des viols, contre des civils, dans des zones de conflit ». Dénoncer ces exactions ne peut atténuer une critique radicale, car se situant sur la longue durée, des politiques néocoloniales de la Françafrique et de l’Union européenne.


Comme la COP 27 est obligée de le reconnaître, dans une large part du Sud de la planète, les écosystèmes sont mis en danger par le changement climatique, ce dont les pays du Nord industrialisés et productivistes sont majoritairement responsables, ce phénomène se traduisant par une politique prédatrice et extractiviste intensive, ce phénomène se traduisant par des évènements météorologiques extrêmes. L’insécurité alimentaire, la pénurie d’eau potable sont déjà les causes majeures des migrations de millions de personnes fuyant les régions du Sud. La seule voie responsable est la solidarité entre humains, d'autant que d'autres facteurs migratoires tels que le sous-développement et les guerres locales ou régionales contraignent à l'exil d'autres êtres humains.

Il s'agit enfin de montrer aux citoyen·nes du Nord soucieux de démocratie, qu’ils ont, eux également, un intérêt majeur à ce changement de paradigme. En complément des nécessaires évolutions écologiques, des relations Sud-Nord refondées réduiraient d'autant la « culture de violence » qui sévit de plus en plus ostensiblement et de manière parasite. Et dont les habitants des quartiers populaires, les migrant·es, mais aussi désormais les syndicalistes, les manifestant·es (Gilets jaunes, grévistes, jeunes écologistes…)… sont des cibles privilégiées, pendant que l’École publique et l’Université subissent de plein fouet les effets corrélatifs des politiques néolibérales et xénophobes au nom de la « lutte contre le communautarisme et pour la laïcité».


Non à un énième projet de loi sur l’immigration !

Pour une coordination nationale inclusive !


C’est dans ce contexte que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, programme au nom du président Macron une nouvelle loi sur « la régulation de l’immigration » (ce serait la 22e depuis 1986), qui s'attaque aux principes des droits et libertés démocratiques. Il s’agit par-là de faire diversion par rapport aux revendications de justice sociale, de droit à la santé et à l’éducation, voire de les criminaliser. Alors que, quels que soient les matraquages médiatiques, judiciaires et policiers, le refus des politiques xénophobes et des discriminations est là, spécialement parmi les jeunes générations qui cultivent le dialogue des cultures et la solidarité[4], comme le montrent les nombreuses démarches locales d’accompagnement des exilé·es et le dégoût d’une large partie de la population à l’égard des violences étatiques.

Notre engagement à l’encontre du dénigrement des immigré·es et des migrant·es est donc inséparable des mobilisations pour plus de justice internationale, écologique et sociale. Faire échec à ce projet de loi encouragera toutes celles et tous ceux qui se demandent comment transformer le rapport des forces politiques.

Notre collectif d’alerte citoyenne relative au plan Macron-Darmanin-Dussopt[5] s'associe donc à la préparation de la Marche du 18 décembre, dans une logique d’interaction entre les revendications liées à la défense des droits des migrant·es et celles qui concernent les peuples néocolonisés ou les communautés racisées dont ils sont souvent originaires, ainsi que le peuple français solidaire :

  • Pour l’abolition des centres de rétention et de la double peine, ainsi que du dispositif européen Frontex et pour l’arrêt des ventes d’armes aux dictatures patentées

  • Pour la régularisation des Sans-Papiers et pour une authentique coopération Sud-Nord, fondée sur l’arrêt des interventions militaires, la coopération décentralisée (démarches participatives) et le dialogue des cultures, à l’Ecole et dans les médias • Pour la liberté de circulation et d’installation, pour l’arrêt de la politique migratoire du « deux poids et deux mesures » et pour un meilleur partage de l’accueil des migrant·es entre les pays de l’Union européenne

  • Contre la criminalisation de la solidarité

  • Pour une commission d’enquête parlementaire en vue de réparations matérielles et morales des activités néocoloniales du gouvernement et d’entreprises françaises, qui coopère avec les représentations des pays et des communautés qui en sont particulièrement affectés

  • Pour le droit de vote de tou·tes les immigré·es aux élections locales

  • Pour l'abolition des lois « Sécurité globale » et « anti-séparatiste », dite de « respect des principes républicains ».

Il s’avère nécessaire de constituer une coordination nationale fondée sur ces axes de campagne, et qui mette en place une collaboration avec des responsables et intellectuel·les des Suds et des quartiers populaires, pérenne et ayant valeur d’exemple.


Premier·es signataires :

Etienne ADAM, syndicaliste, associatif, Ensemble! (Calvados) ; Nils ANDERSSON, ancien éditeur (Paris) ; ASTI de Petit Quevilly (Rouen), Zeno BERNHARD Espace mobilisations internationales Attac France (Paris), Claudine BLASCO militante féministe et altermondialiste (Guadeloupe) ; Martine BOUDET didacticienne, Conseil scientifique Attac France (Toulouse), Pascale BRACHET, militante féministe ; Claude CALAME Conseil scientifique d’ATTAC France, section EHESS de la LDH (Paris), Anne CAUWEL Solidaires migrants (Cannes), Florence CIARAVOLA, militante féministe, syndicaliste, membre d’Ensemble! (Alpes maritimes) ; Micheline COGNARD militante association solidaire de migrant.e.s (Eure-et-Loir), Pierre COURS-SALIES sociologue, Ensemble ! (Toulouse), Armand CREUS militant soutien migrantEs et Ensemble ! (Lyon) ; Alexis CUKIER Attac, CGT Ferc Sup, Rejoignons-nous ; Robert DARDOUR Attac Montreuil ; Bruno DELLA SUDDA, altermondialiste et autogestionnaire, Ensemble! (Nice) ; Didier EPSZTAJN blog « entre les lignes entre les mots » ; Patrick FARBIAZ PEPS/ Pour une Ecologie Populaire et Sociale ; Georges FEDERMANN MRAP (Strasbourg), fondation Copernic ; Yann FIEVET, socio-économiste (Drôme); Jacques FONTAINE, géographe, Ensemble! (Ain) ; Jean-Marie FOUQUER, Ensemble ! Rouen-Métropole; Bernard FRIOT économiste et sociologue du travail ; François GEZE éditeur ; Anahita GRISONI sociologue–urbaniste, collaboratrice politique pour le GEP Mairie de Paris ; Leila KENNOUDA, présidente Association France Palestine Solidarité (Lot) ; Isabelle KRZYWKOWSKI, universitaire (Grenoble) ; Olivier LE COUR GRANDMAISON politologue et essayiste (Paris) ; Michèle LECLERC-OLIVE présidente des associations CORENS (Hauts-de-France) et CIBELE (Île-de-France); Isabelle LIKOUKA Espace migrations Attac France (Landes); Jean-Pierre MARTIN Ensemble! Notre santé en danger, Union syndicale de la psychiatrie ; Serge MARTIN professeur émérite (Littérature générale et comparée), Université Sorbonne nouvelle (Paris); Gus MASSIAH économiste altermondialiste (CEDETIM) ; Françoise MAUVAIS Attac Paris Centre ; Marc OLLIVIER chercheur CNRS en retraite, ex-secrétaire général du syndicat SNCS-FSU, engagé dans "La France Insoumise" depuis sa création ; Evelyne PERRIN présidente de Stop Précarité (Champigny sur Marne); Jean-Luc PICARD-BACHELERIE commission Démocratie Attac France ; Catherine SAMARY économiste altermondialiste (Paris); Serge SENINSKY commission Migrations Attac France (Paris) ; Patrick SILBERSTEIN médecin et éditeur ; Gérard TAUTIL militant et auteur occitaniste (Provence); Pedro VIANNA poète, homme de théâtre, enseignant universitaire (Paris) ; Christiane VOLLAIRE philosophe, Institut Convergences Migrations (Paris).

Signatures internationales (notamment de la COP 27): ATTAC ADDEA Sénégal (Serigne SARR) ; ATTAC CADTM Burkina (Boukari OUEDRAOGO) ; Raouf BEN MOHAMED Extinction Rebellion Tunisie (Tunis), BULTFRAN Scientist Rebellion Uganda (Kampala), Tahirou DIAO ancien président-fondateur de Sahel DÉFIS ; Oumou Aminata DRAME USOFORAL Caravane africaine pour le climat (Dakar), Tosse EKUE éducateur-animateur culturel (Lomé) ; Mawaba Liebe FAWIYA Attac Togo (Lomé), Marga FERRE Transform ! Europe (Madrid), Dorothy GUERRERO Global Justice Now (Londres), Marié Laure KITANU Association de personnes vivant le veuvage au Congo (Kinshasa), Roland KULKE Transform ! Europe (Bruxelles), Rock NIANGA Association pour une alternative au service de l’humanité et réseau Attac- Miguelle MIDANI, Chargée de communication de l'association Personne vivant le veuvage au Congo (Kinshasa), CADTM (Brazzaville), Victor NZUZI MBEMBE Nouvelle alternative pour le développement et Attac (Banzangoungou), Kevin OSSAH Organisation des Jeunes Engagés pour le développement durable (Lomé), Adjovi Justine SOMABE ATTTAC Togo (Lomé), Reagan THE STATESMAN Fridays for Future MAPA et Rise up movement (Kampala), Blaise Hubert ZAKA Coordination des plate-formes de la société civile des actions humanitaires et de développement en Centrafrique (Bangui).



[1] - Le rapport 2022 sur les ventes d’armement en 2021 constate une forte progression des commandes. Rapport au Parlement sur les exportations d'armement de la France 2022

[2] - Revue Moyen-Orient, n° 49, janvier-mars 2021, LIBYE, le « grand jeu » méditerranéen, notamment les articles de Delphine Perrin (IRD) « Pouvoirs et vulnérabilité : la fabrique d’un espace migratoire libyen fantasmé» et Jérôme Tubiana (FIDH) « Migrants en Libye, les oubliés de l’exil »

[3] - TRIBUNE François Héran, professeur au Collège de France : « Le débat public sur l’immigration en France est en décalage complet par rapport aux réalités de base » LE MONDE 08 nov.

[4] -Jean Daniel Lévy, Directeur du Département Politique Opinion Gaspard Lancrey Javal , Directeur d’études au Département Politique Opinion Anaïs Prunie, Chargée d’études au Département Le regard des Français sur le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales

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